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Grande figure de la French Tech, Stéphane Treppoz, PDG de Sarenza, explique comment changer le destin de la France en six mois. Décapant.

 

J'écrivais, il y a quelques semaines dans ces mêmes colonnes, mon souhait de voir le génie français se réveiller. Cri d'alarme pour que nous nous mobilisions afin de sauver notre pays d'un déclin continu qui se fait dans l'indifférence presque générale.

Lucidité

Notre situation est grave en comparaison de celle de nos voisins proches : chômage record dans la population et en particulier parmi les jeunes, croissance faible, dialogue social en panne, endettement au plus haut... Il est irresponsable de voir notre endettement augmenter tous les ans depuis quarante ans en raison de déficits budgétaires aussi abyssaux que chroniques : le déficit d'aujourd'hui, ce sont les impôts de demain et l'impossibilité, pour l'État, d'investir dans ses différentes missions ! Des déficits sans fin, c'est, à terme, un scénario à la grecque avec un défaut de paiement et une forte réduction - imposée de l'extérieur - des salaires des fonctionnaires, des retraites et des dépenses publiques. Pourquoi cela ne semble-t-il préoccuper que Bruxelles ? Trop peu de politiques français ont eu à gérer des découverts bancaires ou des entreprises en situation de difficulté de trésorerie pour comprendre que cela ne peut durer qu'un temps !


En période de disette budgétaire, pourquoi avoir 57 % de notre PIB affecté aux dépenses publiques alors que l'Allemagne fait tout aussi bien avec seulement 45 % ? L'écart de 12 points peut créer le choc libératoire dont notre économie a besoin pour être compétitive et relancer la machine à embaucher. In fine, moins de dépenses publiques, c'est moins d'impôts et donc plus de compétitivité pour nos entreprises (ce qui induit plus d'emplois) et de pouvoir d'achat pour les Français.

Dans un monde connaissant une révolution numérique aussi forte que fut la révolution industrielle à la fin du XIXe siècle, il faut être lucide sur les conséquences de l'« uberisation » de la société qui est en marche. En simplifiant, celle-ci peut permettre - mais sans le garantir ! - d'augmenter le revenu net du salarié autoentrepreneur s'il renonce à une partie de sa couverture sociale (santé, retraite...) tout en réduisant le coût du travail pour les employeurs via des charges allégées compte tenu de la moindre protection sociale à financer. En d'autres termes, on hypothèque l'avenir pour un meilleur présent. Irrésistible pour les plus vulnérables, mais est-ce bien ce qu'on veut pour la société française ?

Des états généraux

Il faut encadrer ce processus de « réinvention de la France de demain » dans le calendrier le plus resserré possible tout en laissant à chacun le temps de s'exprimer. Des états généraux « trans »-courants politiques au premier semestre 2016 avec une mise en place des premières mesures à l'été 2016 pourraient être un bon compromis.

Si cela doit conduire à une union nationale politique pour mener ce train de réformes, n'hésitons pas. L'heure n'est plus aux calculs politiciens. Elle est à la responsabilité collective sous les yeux de l'Histoire.


Nous devrons poser un diagnostic sur ce qui marche et ne marche pas en France en partant d'indicateurs chiffrés nous comparant à ce qui se passe dans des pays aux modèles sociaux proches du nôtre comme l'Allemagne, les pays scandinaves ou le Canada. En résulteront des choix faits en conscience dont nous devrons collectivement assumer les conséquences difficiles pour les Français. Des objectifs chiffrés seront fixés avec, au bout, une obligation de résultats. Il est indispensable qu'à l'issue de cette période « de sang et de larmes » se trouve l'espoir d'une France meilleure pour tous.

Penser à long terme

Afin de s'assurer que tout va dans le bon sens ou pour amender ce qui a été décidé si les résultats ne sont pas au niveau attendu, une clause de rendez-vous annuelle sera mise en place. Tout sera public pour que chacun s'approprie cette refondation de notre modèle de société. Si ce processus rappelle étrangement ce qui se fait en entreprise, ne soyez pas surpris. Cela a fait ses preuves, et j'arguerais que la France est « une entreprise à but non lucratif dont l'objet social n'est évidemment pas la recherche du profit mais de maximiser le bonheur de ses actionnaires qui sont également ses clients : nous, les Français ! »


Toutes les parties prenantes (citoyens, syndicats, dirigeants d'entreprise, politiques) devront faire preuve d'honnêteté intellectuelle en ne cherchant pas à préserver leur pré carré. En somme, penser à long terme.


Chacun devra accepter le principe du « donnant donnant ». Nous avons tous des droits mais aussi des devoirs vis-à-vis de notre pays. La seconde partie de cette proposition a été souvent oubliée. Il faudra faire en sorte que, si les devoirs ne sont pas respectés, il y ait une réelle sanction. Et s'il n'y a pas de devoirs en regard des droits, il faudra en créer quand cette absence produit des situations abusives. Nous pourrons être à nouveau généreux quand la maison France aura été remise en ordre et aura recouvré les moyens de son idéal de société.

Agir enfin

Il va falloir désormais agir. Vite. Les mesures à prendre doivent allier stabilité, simplicité, équité et éthique.

S'agissant des jeunes, l'unique priorité est de mettre au travail les 24 % qui sont au chômage (contre seulement 7 % en Allemagne). TOUT doit être fait pour simplifier l'emploi des jeunes en évitant l'effet d'aubaine pour les entreprises. S'il faut, en échange, accepter un salaire réduit en début de carrière, ne fermons pas la porte par idéologie.


S'agissant des actifs en recherche d'emploi et des bénéficiaires de prestations sociales, serait-il vraiment injuste qu'il y ait une contrepartie même symbolique en échange de ce qui est touché ? Il faut revoir à la baisse la durée et le plafond de l'indemnisation chômage en France. Il est, enfin, devenu indispensable de traquer impitoyablement les abus et fraudes aux prestations sociales de toute nature. C'est autant une question de morale et de ferment de cohésion sociale que d'argent.

S'agissant des retraités, Bernard Spitz a écrit un livre, On achève bien les jeunes, édifiant sur le « hold-up » qu'ont fait, à leur insu, les retraités actuels aux dépens des jeunes avec la coupable complicité des politiques par lâcheté électorale. Les retraités actuels ont infiniment moins cotisé par euro de retraite que les retraités à venir. Si on parlait d'un nombre limité de personnes, cela ne serait pas grave et pourrait être un choix politique. Mais il n'en est rien.


Deux conséquences à cela : nous n'échapperons pas à relever significativement la durée minimale de cotisation pour toucher une retraite à taux plein puisque l'espérance de vie gagne un trimestre par an depuis vingt ans (ce qui est une divine nouvelle pour nos retraités s'ils sont en bonne santé, mais une catastrophe pour nos finances publiques). Nous n'échapperons pas également à ce que les retraités actuels (a minima ceux qui sont aisés, et c'est sur la définition de ce seuil que le débat sera vif) voient leurs retraites être revalorisées significativement moins que l'inflation.

Supprimer l'ISF et les niches fiscales

S'agissant des plus fortunés, il me semblerait logique qu'on plafonne les remboursements médicaux au-delà d'un certain revenu par part fiscale, qu'on supprime les allocations familiales et le quotient familial pour ces mêmes foyers et qu'on abroge presque toutes les niches fiscales. À l'inverse, l'ISF doit être abrogé, car c'est un impôt devenu stupide à double titre : il a un taux marginal très supérieur à celui des placements sans risque et il a conduit à une expatriation fiscale substantielle qui prive l'État de recettes et la France de talents. Un bon impôt est simple à calculer, juste dans son assiette, raisonnable dans son taux, stable dans le temps, et il est collecté ! Un mauvais impôt incite à la multiplication des niches fiscales pour le minimiser, voire à la fraude s'il est ressenti comme confiscatoire. Repensons notre système fiscal avec cela en tête.
S'agissant de l'économie, tout doit être mis au service de la croissance.
S'agissant de l'État, quatre priorités : l'éducation, l'emploi, la sécurité et la justice.
Tout le monde va devoir faire preuve de plus de civisme et les sanctions seront plus dures : chasse à l'« oubli » de paiement de TVA et d'IS via la non-déclaration de recettes en espèces dans le commerce et l'immobilier par exemple, combat impitoyable contre l'optimisation fiscale des grands groupes qui est un crime au vivre-ensemble, lutte contre les fraudes aux remboursements de mutuelle et aux arrêts maladie de complaisance, réduction drastique de la dépense publique.

Un mandat unique pour les politiques

Éloignons des politiques les deux péchés originels qui nous ont amenés à cette situation critique : l'obsession de leur réélection et la possibilité de présenter sans fin des budgets chroniquement déficitaires. Imposons-leur un mandat unique non cumulable, quitte à en rallonger la durée. Ils ne devraient du coup plus avoir qu'une obsession : gérer au mieux pour avoir des résultats et pouvoir s'enorgueillir d'un bon bilan afin de retrouver ensuite un travail. Interdisons à un exécutif de pouvoir présenter un budget en déficit plus de trois exercices consécutifs (pour laisser la possibilité d'investir pendant trois ans avant de revenir à une saine gestion équilibrée).


Puisque nous sommes désormais citoyens d'un monde où la France n'est plus incontournable et régresse lentement mais sûrement dans le top 10 des grandes puissances économiques, exigeons qu'avant de prendre des fonctions nationales nos dirigeants politiques aillent s'immerger deux mois à l'étranger. Une semaine par pays pour comprendre ce que fait de bien et de moins bien que nous chacune des neuf principales puissances (États-Unis, Chine, Japon, Allemagne, Royaume-Uni...) avec lesquelles nous sommes en compétition serait sûrement instructive.


Enfin, comme probablement plus de 100 % des créations nettes d'emploi en France lors des prochaines années se feront en entreprise (on n'ose imaginer un nombre de fonctionnaires qui continue à augmenter), décrétons que tout politique doit, avant de prendre des fonctions nationales, passer un mois dans des entreprises de toutes tailles du secteur privé s'il n'y a jamais travaillé ou dans un service de l'État ou une collectivité territoriale s'il vient du privé.


Pour conclure, j'adore mon pays tout en souffrant pour lui. Je n'ai aucun problème à payer beaucoup d'impôts si cet argent est bien dépensé et je n'ai aucunement l'intention de partir pour l'étranger. Je souhaite juste que mes quatre enfants, et plus largement nos 15 millions de jeunes de moins de 18 ans, puissent dire un jour « merci de la France que vous nous avez laissée » plutôt que « thank you but no thank you » pour ceux qui seront partir vivre mieux à l'étranger. Je n'ai pas plus envie de voir les jeunes restés en France prendre la rue contre ces adultes qui ont tout vu venir et n'ont pourtant rien fait ! Ce n'est pas de la science-fiction. Mai 68 ne devait pas arriver non plus... C'est à nous d'agir pendant qu'il est encore temps.


Source : http://www.lepoint.fr/economie/reformes-ce-que-ferait-un-entrepreneur-30-12-2015-2006015_28.php

 

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